Malgré un titre prometteur mi-anglais mi-espagnol, une fois n'est pas coutume c'est en français que je recommence à écrire. Je n'ai pas trouvé de traduction accrocheuse pour roadtripping (ça sonne bien non?), car c'est bien de ça qu'il s'agit : un peu plus de 2500km en voiture, pendant deux semaines sur les routes d'Andalousie, à la découverte de la région.
Dimanche 14 septembre 2008 : Sabadell - Tarragona
Pour s'échauffer, une première étape très tranquille et un premier arrêt chez mes amis Jordi et Camille, fraîchement revenus de Nouvelle Calédonie, à Tarragona. En plein coeur de la Catalogne, nous déjeunons d'un copieux boeuf bourguignon accompagné d'un non moins copieux gratin dauphinois! Ballade dans Tarragona, sans rien calculer nous sommes arrivés le premier jour des fêtes de la ville qui pour l'occasion est en effervescence, nous assistons donc à un concert de rue en buvant la boisson locale qui coule à flot pendant une semaine : la mamadeta.
Avec Jordi et Camille, à Tarragona.
Lundi 15 septembre 2008 : Tarragona - Cabo de Gata
Cap sur l'Andalousie et la province d'Almería. Après une journée de route, nous arrivons au camping de Cabo de Gata en début de soirée. Le lendemain matin, changement de camping, nous déménageons à las Negras, un joli petit village sur la côte est du cap. Le Cabo de Gata est un parc naturel, la côte est très bien protégée et donc sauvage, les paysages y sont grandioses : un désert montagneux qui se termine en falaises qui plongent dans la Méditerrannée. Après-midi détente à la plage du Playazo, quasi déserte en cette saison. Le jour suivant, nous décidons de visiter l'intérieur des terres en voiture, ce qui nous vaut une mémorable traversée de la sierra de alhamilla et ses virages à n'en plus finir. Nous arrivons finalement à la célèbre playa de los muertos. La nature majestueuse y est malheureusement défigurée au nord par une immonde centrale thermique. Le soir nous assistons aux fêtes du village de Níjar, sorte de banquet populaire d'un autre temps où tous les villageois, du plus vieux au plus jeune, sont habillés en costume traditionnel andalou (robes colorées pour les femmes, chemise, chapeau et bottes de cavalier pour les hommes). Le lendemain, après une matinée farniente au Playazo qui nous a décidément vraiment plu, nous reprenons la route.
Coucher de soleil au Playazo.
Jeudi 18 septembre : Cabo de Gata - Pitres
Après le bord de mer, la montagne. Nous faisons étape au camping de Pitres, dans les Alpujarras de Granada (versant sud de la Sierra Nevada). Les villages perchés de ces montagnes sont, comme les fêtes de Níjar, d'un autre temps. Un ingénieux système de canalisations et de fontaines, hérité des Arabes, les alimente en eau de montagne. Tous ces villages subissent actuellement un profond changement de population, les enfants du cru ayant presque tous fui pour la ville, et les nouveaux arrivants étant pour la plupart des étrangers qui viennent chercher l'air pur. On peut même trouver dans les parages des communautés de hippies qui vivent au plus proche de la nature. Le bureau de tabac du coin d'une petite place de Bubión et son unique ordinateur valide nous permet de nous connecter à internet et d'acheter des entrées pour la visite de l'Alhambra et pour un concert de la Biennale de flamenco de Séville. Pour cause de pas de choix dans la date, changement d'itinéraire : nous passerons d'abord par Séville, puis Cordoue, pour terminer par Grenade. Quelques superbes promenades dans la nature plus tard, et un déjeuner dans un restaurant où le chef irakien nous explique le secret de l'hummus, nous voilà en route pour la capitale de l'Andalousie, Séville.
Vue sur les Alpujarras depuis Capileirilla.
Samedi 20 septembre : Pitres - Sevilla
Arrivés pas franchement tôt à Séville, nous avons tout juste le temps de trouver une pension (le centre ville en regorge) et de reprendre la voiture pour aller au concert Rock Andaluz, un hommage aux visionnaires qui il y a trente ans commencèrent à mélanger le rock et le flamenco. C'est pour moi une découverte complète, je manque de culture mais les groupes comme Pata Negra, Cai, Tableton, Imán Califato Independiente, m'ont bien plu. Couchés vers 4h30 du matin, nous ne commençons notre promenade dans Séville que tard le lendemain, pour visiter la Cathédrale et sa célèbre tour, la Giralda, seul vestige de la mosquée qui occupait l'endroit avant la reconquête, la Plaza España, le parc Maria Luisa, et passer de nuit au pied de la célèbre Torre de Oro qui garde la rive est du Guadalquivir. Le lendemain, retour à la civilisation oblige, matinée shopping de rigueur, puis visite du quartier gitan de Triana de l'autre côté du fleuve, et nous terminons la journée à la Carboneria, célèbre tablao où nous assistons à un spectacle de flamenco. Le mardi avant de reprendre la route, nous visitons le Real Alcázar, palais-forteresse des rois musulmans puis chrétiens.
La Giralda vue depuis le Real Alcázar.
Mardi 23 septembre : Sevilla - Córdoba
Arrivés en fin de journée à Cordoue, l'ancienne capitale du royaume arabe dans la péninsule, nous nous installons dans une pension tenue par un personnage doté d'un débit de paroles incroyable. Toujours un bon mot ou une histoire à raconter, au bout de 5 minutes d'attention constante je suis épuisé! Moment détente avec un passage par le hammam, une expérience inoubliable, puis dîner de tapas dans le quartier juif. Notre étape à Cordoue étant courte, la matinée suivante est consacrée à la visite de la célèbre Mezquita, la mosquée-cathédrale. Construite par les musulmans c'est un lieu de prière et un labyrinthe de colonnes immense et d'une beauté envoûtante. Après la reconquête par les rois chrétiens, contrairement à leurs habitudes, les nouveaux maîtres des lieux décidèrent de ne pas détruire la mosquée, mais de construire une cathédrale dans la mosquée. L'histoire dit que l'empereur Charles Quint, qui avait autorisé les travaux, se repentit en voyant le résultat, admettant que l'édifice gothique en plein centre de la mosquée avait brisé l'harmonie du lieu. Il n'en reste pas moins que ce complexe, seul du genre au monde, fait rêver en évoquant des splendeurs d'un autre temps.
La Mezquita.
Mercredi 24 septembre : Córdoba - Granada
Arrivés à Grenade en fin de journée, nous nous installons dans une pension aux portes de l'Albaicín, le quartier arabe. La journée de jeudi est consacrée au repos et à la visite de l'Alhambra l'après-midi. Cette imposante forteresse qui domine la ville fut construite par les rois musulmans et abrite plusieurs palais d'un raffinement extrême et des jardins luxuriants. C'est au sommet de la plus haute tour, la torre de vela, que les rois chrétiens Isabelle et Ferdinand firent hisser leurs drapeaux en 1492 comme symbole de la fin d'une reconquête longue et sanglante. Comme partout en Andalousie, de massifs édifices gothiques (ici un palais, une église et un couvent) côtoient les arabesques, dans un mélange architectural étonnant, presque dérangeant. Du souvenir de cette journée je déplore l'afflux touristique et les informations très compliquées et contradictoires sur les contraintes de la visite, et j'envie un diplomate américain, Washington Irving, qui dans les années 1820 séjourna dans l'Alhambra à l'époque où le tourisme n'avait pas encore été inventé, et y écrivit ses célèbres Contes de l'Alhambra. La journée du lendemain est consacrée à une grande promenade dans la ville et dans l'Albaicín. Depuis le mirador de San Nicolás, où on peut écouter la complainte de quelques guitares gitanes, on jouit d'une vue d'exception sur l'Alhambra et son palais d'été, le Generalife. Nous décidons de renouveller l'expérience hammam pour le plaisir des corps, puis nous trouvons un bar où, conformément à la tradition (que je commençais à prendre pour une légende urbaine), pour chaque demi commandé on vous sert une copieuse assiette de tapas. On y resterait toute la nuit!
L'Alhambra. Imposante, majestueuse, envoûtante.
Samedi 27 septembre : Granada - Sabadell
Une journée complète dans la voiture, de midi à minuit, en passant par les petites routes andalouses avant de rejoindre les grands axes autoroutiers. Et retour au bercail, des souvenirs plein la tête. L'Andalousie est magique.