Fin
Un peu plus d'un an après mon exil en Angleterre, je reviens au pays. Départ prévu demain, train Hull-Londres puis Eurostar. C'est donc la fin d'une belle aventure, sans conteste la meilleure de mes années d'études (et la dernière, j'ai donc fini en beauté), et je dois avouer que j'ai le blues de quitter ce campus et tous ces gens qui pendant un an ont été mon chez-moi et ma famille.
C'était il y a un an, et ça me paraît des siècles, tant j'ai vécu et apprécié la vie à Hull. Petit bilan de cette année inoubliable à bien des égards. Je suis venu à Hull pour trois bonnes raisons :
- Fuir Evry. Je n'ai jamais regretté mon choix de l'IIE, mais vivre un an à Evry et passer une seconde année à faire des aller-retours quotidiens entre Paris et Evry m'a sérieusement motivé pour partir. Loin. Changer d'air.
- Apprendre à parler anglais. Soyons sérieux, à de rares exceptions près, l'enseignement des langues en France est totalement inadapté, et pour pouvoir prétendre parler couramment anglais sur son CV sans mentir éhontement, un an dans un pays anglophone n'est pas superflu.
- Faire de la recherche. L'idée de passer une année complète à faire de la recherche dans un cadre universitaire me plaisait, et il y a un an je ne savais honnêtement pas si je m'orienterais vers un doctorat ou la recherche d'emploi par la suite.
Partir
A l'origine je ne suis pas vraiment un globe-trotter, en fait plutôt un pantouflard tendance charentaises. Partir un an à l'étranger, même si cet étranger est à deux heures d'avion, pour moi c'était donc une décision importante. Que je n'ai pas regretté une seule seconde! Ma découverte de l'Angleterre s'est faite dans des conditions idéales : vivre avec des étudiants internationaux en bordure d'un campus universitaire magnifique, que demander de plus? Changement d'air garanti!
Malgré notre proximité géographique avec les anglais, j'ai découvert un fossé culturel que je ne soupçonnais pas, et qui va bien au delà du cliché (pourtant terriblement vrai) d'une gastronomie quasi-inexistante. Je n'ai pas d'explication valable, mais le fait est que les étudiants anglais et internationaux se mélangent peu, voire pas. Et c'est bien dommage. J'ai donc rencontré beaucoup plus de gens du reste du monde que d'anglais cette année. Je n'ai jamais fait le tour du monde, la seule fois où je suis sorti d'Europe c'était pour aller à la Réunion, un DOM, et pourtant j'ai noué des amitiés avec des gens de partout dans le monde, en un an à Hull. Mon seul regret, c'est de n'avoir vraiment connu la plupart de ces gens que très tard, pour la plupart à l'occasion de l'International Welcome Week de septembre 2006. Mais je reste en contact avec eux, je reviendrai les saluer à Hull à l'occasion d'une ou deux house parties, et j'ai définitivement envie de voyager et de voir le monde.
Do you speak english?
Selon les standards scolaires français, j'ai toujours été considéré comme bon, voire très bon, en anglais. J'ai eu mon TOEIC avec un score de 975 sur 990. Et pourtant, quand je suis arrivé en Angleterre, j'étais comme tous les Français dans mon cas : complètement largué. Là où les Allemands, les Polonais, les Suédois, les Belges, et même bon nombre d'Asiatiques, parlent déjà couramment, comprennent bien et on un accent acceptable, les Français on un niveau déplorable. En un an j'ai fait des progrès considérables, surtout en compréhension des différents accents, en prononciation et en vocabulaire. Mais je suis encore très loin d'être bilingue.
Il y a sur le campus de Hull beaucoup de Français. Beaucoup trop, en fait. La plupart viennent pour faire du business, en provenance d'écoles de commerce. Ils viennent par gros paquets (jusqu'à 50 par an pour une école) et ont une fâcheuse tendance à rester en cercle fermé, à habiter ensemble, à faire des soirées franco-françaises, et à ne faire aucun effort pour parler anglais, même en présence de gens qui ne comprennent pas le français. Une attitude que je trouve insupportable. Même si certains sont des gens bien, j'ai tout fait pour les fuir, et croyez moi, ils donnent une bien mauvaise image de la France sur le campus.
Au début de l'année, j'ai brièvement eu un colocataire écossais. Je ne pipais pas un mot de ce qu'il racontait. Je serais curieux de voir à quel point je le comprendrais maintenant. Beaucoup mieux c'est sûr. J'ai pris goût à parler anglais, et je regrette juste de ne pas rester quelques années de plus afin de passer au niveau supérieur : bilingue. Globalement quand même, je suis satisfait de mes progrès qui me permettent, suivant la forme du moment, d'avoir des conversations plus ou moins complexes et abstraites avec un anglophone, et même parfois (quand je suis vraiment très en forme) d'adapter mon niveau de langage à l'interlocuteur.
La recherche
L'accord entre l'IIE et le département d'informatique de l'Université de Hull prévoit que chaque année 3 élèves de 3ème année viennent faire un MSc de recherche à Hull, sponsorisés par le département (tous frais d'inscription à l'Université payés, et lesdits frais s'élèvent quand même à plus de £3000). Les élèves de l'IIE semblent largement appréciés pour leurs compétences mathématiques et informatiques, et je ne peux que dire merci d'avoir eu une telle opportunité. Cette année, Florian, Guillaume et moi-même étions tous les trois dans le laboratoire de simulation et visualisation, laboratoire qui a une très bonne réputation en Angleterre, qui dispose d'un matériel de pointe et de l'appui financier conséquent de nombreux industriels.
Je dois avouer que j'ai été très déçu par le niveau de la plupart des gens que je côtoyais dans le labo. Les chercheurs de haut niveau se cachent bien, je ne les ai pas vus. Quant aux doctorants, au moins ceux de notre labo, ils ont trouvé une planque pépére et font le minimum syndical pour obtenir un PhD. Certains ne font même rien en attendant que pour remplacer leur PhD en perdition on leur propose un poste de développeur. Ce sont des doctorants en MSN, puisque c'est à cette activité hautement stimulatrice qu'ils consacrent leurs journées. Même une bonne partie du personnel n'est pas qualifiée... Une grande majorité des gens, toutes fonctions confondues, n'a aucun regard critique sur les outils qu'ils utilisent, et ça me paraît grave pour des informaticiens "de haut niveau". En fait la seule personne dans notre labo qui soit à la fois compétente et travailleuse, c'était James, mon deuxième superviseur. Merci James d'avoir relevé le niveau.
Niveau recherche, j'ai été très peu guidé alors que l'approche requise était complètement nouvelle pour moi (d'ailleurs on m'a à la fin fait remarquer que j'avais une approche trop "ingénieur"...). De même, si on m'en avait informé plus tôt, j'aurais pu influencer un peu plus le sujet qui m'a été attribué. N'ayant pas choisi mon sujet, et celui qui m'a été attribué ne m'intéressant pas vraiment, les conditions de travail n'étaient pas idéales dès le départ. La paresse et l'incompétence ambiantes aidant, je ne me suis pas tué au travail. Je ne le regrette absolument pas : j'en ai tout de même fait largement assez pour valider mon année avec les compliments de mes superviseurs, et ça m'aura permis d'utiliser cette grande quantité de temps libre pour avoir une vie sociale (j'ai rencontré du monde, j'ai fait du sport, de la musique, je suis beaucoup sorti, bref j'ai profité).
Début
La fin d'une période importante, puisque ça y est, j'ai terminé mes études. Et le début de la vie qu'on appelle active (c'est vrai que jusqu'à présent, je n'ai pas fait grand chose :-)). Nouvel exil, puisque je pars m'installer du côté de Sophia-Antipolis, où je vais travailler comme ingénieur développement logiciel pour Amadeus (je débute le 16 octobre). Et pour bien commencer, je vais mettre à profit ces quelques jours de vacances pour faire un tour de France des amis, en passant par Caen, Paris, Nantes, Bordeaux et Avignon avant de poser mon sac dans la région niçoise. Comme Tintin et Milou, Bob Morane ou Achille Talon avant moi, me voilà en route pour de nouvelles aventures!